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L'Enfant
SPLEEN
Tex T e pa r Violaine Schütz
On a connu le rappeur /slameur parisien
d’origine camerounaise Spleen
suppliant sur un plateau de Fogiel
« Laissez moi ma chance », avant de
le croiser live en compagnie de ses
amies Cocorosie, vêtu d’un simple
babygro. On avait été intrigué par
son premier album, She Was A Girl et
sa capacité à changer de registre (du
beatboxing à la pop), on le retrouve
aujourd’hui plus sobre, sur Comme
Un Enfant, un deuxième disque naïf
et mélancolique qui n’évite pas quelques
écueils.
Sur scène, nul doute
possible, Pascal
Oyong-Oly alias
Spleen est un showman
hallucinant, brillant, craquant.
Transformant sa mélancolie
en art de la drôlerie, il
improvise, rappe, slame, étonne,
et séduit. C’est sur disque
que le cas Spleen pose plus
de problèmes. On l’avait aimé
dans un registre lo-fi chanté en
anglais sur son premier album,
She Was A Girl (2005), surtout
quand les paroles se faisaient
perverses mais on sentait que
le propos pouvait déraper
dès que le doux dingue nous
la jouait romantique façon
Snoop Doggy Dog de romans
à l’eau de rose.
Pas de bol pour nous, c’est cette
tendance qui prime sur Comme
Un Enfant où Spleen chante en
français ses souffrances de façon
tellement premier degré qu’on en
vient parfois à rigoler. « J’ai mal,
j’ai mal, je m’évanouis » ; « Oh mon
stylo, tu sais tu m’as sauvé la vie » ;
«Il m’a fallu beaucoup de temps
pour maîtriser mes sentiments ».
Ces quelques phrases qui auraient
pu être prononcées par un enfant
de 6 ans nous arrachent un rire
un peu gêné. Parfois, on a aussi
la douloureuse impression d’avoir
posé le dernier Christophe Maé
sur la platine, notamment à cause
de certains accords simplistes et
consensuels qui sonnent un peu
comme du sous- Ben Harper.
Mais heureusement, Comme Un
Enfant n’offre pas que des déceptions.
« Don’t Look Back » est une
petite perle folk pour griots dépressifs,
« Tu l’aimeras » touche au cœur
par sa verve nourrie de jalousie et
sublimement servie par une voix
bien trempée dans la veine d’un
Tom Waits et « Peter Pan » en duo
avec les sœurs Cocorosie amuse
sans tomber dans le kitch. Mais
si au moment de She Was A Girl,
le lauréat du troisième concours
CQFD, décrivait sa musique comme
« un bo-bun mangé devant un
film de Cassavetes sous l'influence
de la sauce harissa d'un Grec de
la croix de Chavaux à Montreuil »,
il faudra revoir aujourd’hui la définition.
Comme Un Enfant a plutôt
le goût d’une soupe de nouilles dégustée
devant un Spielberg sous
l’influence d’un chamallow volé à
l’épicerie d’Amélie Poulain. Cela
dit, nous, Amélie et les nouilles, on
aime bien ça.
Remark / Mercury /
Universal