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30
Chroniques
It's
Tricky
Tex T e pa r Benjamin Durand
Curieux hasard du calendrier, mais voici Tricky qui vient se rappeler
à notre bon souvenir quasi synchro avec Portishead qui fait un come back tonitruant
avec Third. Si Beth Gibbons & Co ont mis leur créativité en jachère pendant près de
dix ans, le trublion du trip hop de Bristol n’avait rien publié depuis Vulnerable en
2003. Ce dernier album souffrait, de l’avis général des fans, d’une certaine maladresse
à vouloir produire une musique plus adulte et mature.
Le chanteur britannique a dû réaliser les imperfections
de son disque pour ainsi couper net son
rythme industriel de production (sept albums entre
1995 et 2003 tout de même !). Ces cinq années
de “réflexion“ semblent avoir mené Tricky à une remise en
question sur sa stature d’artiste. Et c’est avec cette mystique
qu’il revient sur ce très soigné Knowle West Boy. Knowle
West, c’est le quartier de Bristol pourri par le chômage où
le chanteur a grandi. Tricky, qui passe la plupart de son
temps à New York ou Los Angeles, semble avoir eu recours
à ces souvenirs d’enfance et ce cadre de déprime pour restituer
la musique qu’il avait en tête pour son grand retour.
D’entrée, nous sommes soufflés par « Puppy Toy », chef d’œuvre
tendu et mélodique pour Tricky, qui tient tout de suite à indiquer la
direction à emprunter, celle des songwriters inclassables capables
de vieillir noblement : son héros de jeunesse David Bowie bien sûr,
mais aussi et surtout Tom Waits ou Nick Cave. Le son n’a pas trop
changé, la signature nerveuse se retrouve sur "Council Estate", le
premier single. “School Gates“ avec ses cordes magnifiques et sa
guitare lancinante proche du “Working Class Hero“ de John Lennon
parachève en beauté l’album et confirme que Tricky a bien réussi
sa mue en singer-songwriter. Ses performances live à venir (notamment
Rock En Seine) sont à guetter avec impatience.
Knowle West Boy (Domino-Pias)
Tricky en concert à Rock En Seine le 28 août.