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Beautiful
Future
Peu de groupes peuvent se targuer de représenter
à eux seuls une époque, un moment de l’histoire
de la musique, qu’ils incarnent presque intégralement.
Primal Scream fait partie de ceux-ci.
Petit retour en arrière : 1991, l’Angleterre sort à peine des années
Thatcher, les Stone Roses et les Happy Mondays viennent de transformer
Manchester en Madchester et le lad lambda se gave de
Lager et d’exctasy pour oublier que sa seule échappatoire à la médiocrité
est de devenir footballeur professionnel. C’est alors qu’au
sortir de l’été apparaît dans les bacs « Screamadelica », troisième
Tex T e pa r Arnold Héouili
album de Primal Scream, combo de junkies de Glasgow emmenés
par l’ancien batteur de Jesus & Mary Chain, jusqu’ici cantonné par
ses deux premiers albums aux places d’honneur dans les charts
anglais. Au cœur de ce disque, « Come Together », sorte de réponse
écossaise à la vague « baggy », originaire de la Mersey, qui vient de
déferler sur Albion. Le reste appartient à l’Histoire. Le titre devient
l’hymne des dancefloors de toute l’Europe et l’album remporte le
premier Mercury Prize. Primal Scream est entré dans la cour des
Grands et n’en sortira plus jamais. Quinze ans après, que reste-t-il
du phénomène ? Une petite dizaine de disques, dont aucun n’a jamais
vraiment pu égaler la flamboyance de
« Screamadelica », des concerts mythiques,
des annulations en pagaille pour cause de
« grosse fatigue », des excès érigés en manifestes
de la « Rock & Roll attitude » et un
personnage emblématique de la pop culture
britannique, Bobby Gillespie, devenu aussi
incontournable que Paul Weller ou Liam
Gallagher.
« Beautiful Future », neuvième LP en date
du groupe (rejoint il y’a quelques années par une autre vieille gloire
des années 90, Mani, ancien bassiste des Stone Roses), ne déroge
pas vraiment à la règle qui veut que Primal Scream surfe toujours
avec talent sur les tendances lourdes qui marquent la musique anglaise.
Alors qu’ « XTRMNTR » (2000) collait parfaitement avec les
années Big Beat, « Riot City Blues » (2006) avec le retour du son
heavy rock, « Beautiful Future » est complètement de son époque,
produit notamment par Björn Yttling (de Peter, Björn & John) qui
y apporte une touche pop suédoise (avec de vrais morceaux de
Abba dedans…) et Paul Epworth (Monsieur Bloc Party, the Rakes,
etc…) qui lui donne une couleur post punk très contemporaine. Les
featurings de Lovefoxxx (CSS) et Josh Homme (QOTSA) viennent
enfoncer le clou de la modernité qui semble être la caractéristique
principale d’un groupe qui, à défaut de composer des chansons
aussi fortes que celles qui lui ont valu sa gloire, est toujours capable
de sortir tous les deux ou trois ans, un disque syncrétique et
transgenre, qui ressemble à beaucoup de choses mais ne peut être
confondu avec quoi que ce soit d’autre…Et c’est déjà beaucoup.
21 juillet 2008 • B-Unique / WEA
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