Real Edition - IndexReal Edition - howl - Index1994
L’explosion d’entrée de jeu
Quand Beck apparaît dans le paysage en
1994, on pense qu’il ne durera pas plus
d’un tube, ce fameux « Loser ». Génial bricolage
entre hip hop et blues country, le
morceau fait le tour du monde et devient
un hymne “nerd“ au-delà des College Radios
US. Quand sort Mellow Gold dans la
foulée, c’est la surprise des critiques. On
craignait un rigolo sans consistance, on se
retrouve avec un songwriter de 24 ans qui
a tout digéré de la musique américaine des
années 80-90 (en gros le rap et l’indie des
Pixies à Pavement) avec des aspirations
à marcher sur les traces de Dylan ou Neil
Young.
1996-2001
L’Age d’Or
On découvre très vite les deux albums “lofi“
sortis par Beck sur des micros labels
cette même année 1994 : Stereopathetic
Soulmanure et One Foot In The Grave. Le
garçon intrigue et met tout le monde à genoux
en 1996 quand sort Odelay. Classique
instantané. Sans tube notable, l’album
subjugue par son audace de production
(signée The Dust Brothers) qui fait défiler
les titres tel un programme radio dadaïste à
écouter sur les autoroutes urbaines de Los
Angeles (l’album est ressorti cette année
dans un luxueux coffret de deux CD). Pour
le disque suivant, Beck débauche Nigel
Godrich, qui vient de produire OK Computer,
et donne dans un registre plus acoustique.
Mutations le crédibilise auprès des
fans de Radiohead ou Elliott Smith avec
des pépites du calibre de « Lazy Flies » ou
« Oh Maria ». Avec Midnite Vultures, retour
à un style complètement jubilatoire pour un
disque un peu facile mais irrésistible dont
on retient surtout le hit « Sexx Laws ». La
tournée qui suit donne lieu à de grands
concerts mettant en scène le riche univers
du chanteur. Elle constitue le sommet de
sa popularité.
2002-2008
La banalisation avant
le retour en grâce ?
La sortie de Sea Change marque un tournant
sensible dans la carrière de Beck.
Les critiques du monde entier célèbrent
ce disque grave alors que les fans de base
prennent leurs distances. De fait, Beck,
jusqu’alors génial bidouilleur d’influences,
se met à plagier de manière parfois
flagrante Nick Drake et le Gainsbourg de
Melody Nelson. Sur scène, le cœur n’y est
pas. Au cours d’un concert au « Printemps
de Bourges » en 2003, on assiste un peu
voyeur au spectacle d’un vieil ado de 30
ans, seul sur scène se débattant avec ses
chansons et ses divers instruments. La
gêne est palpable. On apprend ensuite, via
la presse, que l’Eglise de Scientologie semble
avoir pris beaucoup de place dans la vie
du chanteur. Beck se fait oublier jusqu’à la
sortie de Guero en 2005, album de retrouvailles
avec les Dust Brothers. Le disque
obtient un succès correct mais finit par
sonner comme une parodie plus ou moins
inspirée du style Beck. The Information,
sorti en 2006 juste après une performance
remarquée à « Rock En Seine », mélange
hip-hop et rock stonien. Ce coup-ci, c’est
Nigel Godrich qui est rappelé pour un résultat
très divertissant sur le plan de la production
mais un poil décevant sur celui des
compositions.
Modern Guilt, sorti début juillet semble remettre
Beck sur une meilleure voie. Le point
très positif est d’avoir confié la production à
Danger Mouse (The Grey Album, et surtout
Demon Days de Gorillaz). À l’écoute, on ne
peut que se convaincre qu’un homme des
années 2000 vaut mieux qu’un des années
90. Beck sort de son chapeau une de ses
meilleures chansons des dix dernières années
: « Chemtrails ». Le morceau-titre est
une chanson pop authentique sur laquelle
le chanteur a l’air de s’être forcé à ne pas
tomber dans ses artifices de style habituels.
« Volcano » quant à elle remet au goût du
jour le meilleur de
l’époque Mutations
mais sans radoter.
Modern Guilt est ce
que Beck a produit
de plus riche depuis
longtemps. N’allons
pas jusqu’à parler
de classique, mais
il se pourrait qu’il
pousse le phoenix
à renaître de ses cendres sur scène.
Modern Guilt
(XL Recordings-Beggars)
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Chroniques